« [...] ni Husserl ni Heidegger ne se laisse égarer par les conséquences de la technique sur le plan de la civilisation matérielle qui tendent d’ordinaire à accaparer l’attention et à rendre le débat d’une ambivalence qui s’oppose à toute évaluation claire de la situation globale. Tous deux visent au contraire le point central où l’essence de la technique touche à l’essence de l’homme, et ce point est, pour l’un comme pour l’autre, le rapport de l’être-homme à la vérité dont l’homme seul, parmi tous les êtres que nous connaissons, est capable. Sur ce point, Husserl et Heidegger voient, dans l’essence de la technique, non pas un désastre, mais un danger. Le danger auquel il s’agit de parer ne vient pas de la technique en tant que telle, mais de la technique dans son rapport à ce qui en l’homme est capable de vérité. Il n’est donc pas question de prendre position contre la technique, de la limitier ou de la supprimer. Il est vrai que chez Husserl, étant donné la manière dont il conçoit le thème de son ouvrage – la crise des sciences –, la technique ne se porte pas au premier plan dans toute son ampleur. Comme la crise des sciences implique cependant à ses yeux une crise de l’humanité, il est clair que la technique joue dans cette dernière crise un rôle capital, qu’elle en est à vrai dire l’instigatrice. Ce qui sépare les deux penseurs concerne plutôt la conception de la vérité et le rapport de la vérité à l’essence de l’homme ». (p. 267).
Referência: PATOCKA, Jan. Les périls de l’orientation de la science vers la technique selon Husserl et l’essence de la technique en tant péril selon Heidegger. In : Liberté et sacrifice: écrits politiques. <traduit du tchèque et du allemand par Erika Abrams>. Grenoble: Jerôme Billon, 1990.
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